Umbar, appartements de la Reine – 15ème jour de l’hiver – 1644 3A :
La Reine Noire marchait le long des grandes baies vitrées des appartements royaux. Loin de la ville intérieure, à ses pieds, s’étendait le port tout en bas de la cité. Les bateaux battaient à présent tous le pavillon de la Garde Noire, l’escouade d’élite de la Reine. Les premières goules avaient embarquées à bord des navires et les pillages des villages côtiers gondoriens avaient commencés. Et le reste de ses monstrueux serviteurs qui patrouillaient dans la ville assurait son autorité sur les habitants, étouffant dans l’œuf toute idée de rébellion. Mais alors que tout Umbar était enfin à sa botte, la tempête qui soufflait dans l’esprit de la Reine depuis si longtemps ne s’était pas encore apaisée. Les Guildes étaient toujours un obstacle majeur. Tant que leurs dirigeants n’auraient pas acceptés de lui reconnaître son statut de monarque absolue, elle n’aurait pas tous les pouvoirs commerciaux et politiques du royaume. Elle aurait pu les massacrer eux aussi, mais à quoi sert de régner si c’est sur un champ de ruines. La Reine se tourna vers son fidèle lieutenant, au visage défiguré par la récente opération.
« Il va falloir gagner les faveurs des Guildes. Elles doivent tenir un conseil exceptionnel dans les jours qui viennent. Et les pseudos rebelles menés par ce Sonneur vont essayer de jouer leur ultime carte. D’ailleurs as-tu enfin trouvé qui était l’homme qui se cachait derrière ce nom ? »
Blackeye secoua la tête négativement. Il ne pouvait plus parler, mais cela ne le rendait que plus précieux aux yeux de la Reine.
« Alors renforce tes recherches, lui ordonna la souveraine. Et envoie plus de goules dans la ville basse. Montrons aux Guildes qu’elles n’ont pas de choix plus sages que de s’unir à nous ».
Le Garde Noir acquiesça avant de prendre congé, laissant la Reine seule avec ses sombres pensées. Dont une l’obsédait, l’empêchant de dormir la nuit et de se concentrer sur ses tâches le jour. Une pensée plus grave que l’appui des Guildes ou que cette ridicule rébellion. Elle sortit de son sein la lettre froissée qu’elle connaissait par cœur, et dont elle ne pouvait révéler le contenu à personne. Il y en avait encore un.
Umbar, bas fonds de la cité – même moment :
El Necro se tenait la tête à deux mains, assis derrière le comptoir de sa boîte de nuit. Son ex-boite de nuit, aurait du t-il dire. Il n’y avait plus foule ces derniers temps. Avec les ambitions de conquête de la Reine Noire et les habitants terrés dans leurs maisons, seuls ses propres zombies profitaient du dance-floor, autrefois la piste de danse la plus cotée de la ville. Même Kyo avait disparu. A tous les coups cet enc*** de Pilou lui avait fait la peau. S’il le tenait celui-la… En attendant il devait se contenter de traîner entre les zombies, comptant son or mais ne pouvant le dépenser, tous les commerces de la ville basse ayant fermés. Même Bibi & Fafa avaient clos leur enseigne, et Necro n’avait même pas pu récupérer l’armure qu’il avait payée. Chienne de vie, tiens. El Necro finit sa chope de sang de gobelin (*) avant de s’en resservir une autre…
Umbar, bas fonds de la cité, un peu plus loin – même moment :
Sonneur ne pensait pas que les caves de la boutique des Trolls pouvaient être aussi vastes. Ils avaient réaménagé leur armurerie en quartier général de la rébellion. Piètre rébellion en vérité, mais chaque jour apportait son lot de sympathisants à leur cause. En plus des quelques soldats du Prince et des Limiers de Dvern, plusieurs habitants de la ville participaient activement à leurs activités subversives. Des tracts circulaient dans les tavernes de la ville basse après le couvre feu, et deux goules avaient mystérieusement disparues. Mais Sonneur ne se faisait pas d’illusions. Sans l’appui des Guildes leur mouvement de résistance ne ferait pas long feu fasse aux escouades surentraînées des Gardes Noirs de la Reine. Ah si seulement ils avaient pu disposer d’un guerrier de la trempe de Tigre, cela leur faciliterait la tâche. Une solution serait de mettre la main sur l’artefact contrôlant les goules, mais la souveraine s’était assurée de sa protection. Des clochettes tintèrent tandis que Sonneur aidait les Trolls à ranger les armes fraîchement forgées dans les râteliers. La Reine devait payer pour tout le sang versé.
Le Pacte des Guildes – Scénario pour JRTM – Pâques 2006
(*) oui oui, du sang de gobelin, on est nécro ou on l’est pas.